Amour entre personnes de même sexe au Moyen Âge : deux exemples anglais
L’amour entre personnes de même sexe existait au Moyen Âge ? Les textes historiques témoignent de formes de proximité et de désir. Deux exemples anglais permettent de le comprendre concrètement. Ils ne racontent pas une histoire complète de l’homosexualité dans toute l’Europe, mais donnent à voir des personnes qui disparaissent facilement des récits trop généraux.
Aelred de Rievaulx : proximité et chagrin
L’abbé du XIIe siècle Aelred de Rievaulx était très lié aux moines Hugues et Simon. Après la mort de Simon, il a décrit son profond chagrin. Historic England examine des interprétations queer de ces relations. Une telle lecture contemporaine ne signifie pas qu’Aelred se définissait personnellement à l’aide d’un terme identitaire moderne.
On peut reconnaître l’importance d’un lien sans prétendre en connaître tous les détails. Une question intéressante à se poser, par exemple, est la suivante : que révèle la manière dont une personne écrit sur une perte quant à la place qu’occupait l’autre dans sa vie ? C’est différent du fait de déduire toute une biographie sexuelle à partir d’un seul passage.
Eleanor Rykener : la vie quotidienne dans un interrogatoire
Un compte rendu londonien datant de la fin du XIVe siècle mentionne John Rykener, également appelé Eleanor. Il décrit des vêtements féminins, de la broderie et du travail sexuel. Une traduction publiée par l’université Fordham permet de lire le document. On ignore ce qui s’est passé ensuite. Ce compte rendu n’est pas un récit personnel d’amour et ne permet pas de déterminer définitivement l’identité de Rykener.
Le travail, le genre et le désir se croisent ici, mais ces sujets ne sont pas interchangeables. Les vêtements, par exemple, ne permettent pas de savoir automatiquement qui attirait cette personne. De même, une relation consignée par un fonctionnaire n’était pas nécessairement la plus importante de la vie de la personne concernée.
Deux exemples, des questions différentes
| Le sujet à comprendre | Une distinction utile |
|---|---|
| La signification d’un lien | Un sentiment décrit n’est pas la même chose que notre reconstitution complète d’une relation. |
| Un événement | Un contact consigné ne révèle pas à lui seul à quoi ressemblait toute la vie d’une personne. |
| Une identité | Les mots que nous employons pour parler de l’histoire ne sont pas nécessairement ceux que les personnes concernées utilisaient personnellement. |
Pourquoi une réponse prudente n’est pas forcément vide
Il y a une grande différence entre « nous ne savons absolument rien » et « nous savons exactement qui était cette personne ». On peut nommer ce qui apparaît dans les sources tout en précisant les limites de ce qu’on peut en conclure. Par exemple : « Ce texte décrit un lien important. Il ne révèle pas pleinement comment les personnes concernées le désignaient en privé. »
Une telle formulation ne rend pas ces personnes invisibles et n’exclut pas d’autres interprétations. Elle invite à poser une nouvelle question. Vous souhaiterez éventuellement en savoir davantage sur les mots employés pour parler de l’amitié, ou plutôt sur le travail quotidien ou les circonstances dans lesquelles un échange a été consigné.
Dépasser une vision générale unique
Ces deux exemples ne permettent pas de porter un jugement sur tous les lieux et toutes les époques du Moyen Âge. Ils invitent surtout à préciser une question trop vaste et à la rendre plus intéressante : quelle personne, quel texte et quel aspect de la vie vous souhaitez approfondir ?
En y prêtant attention, l’histoire ne se résume plus à coller une étiquette familière. On peut alors mieux percevoir les sentiments, les rôles sociaux et les différentes façons dont une vie humaine peut se retrouver racontée dans un texte.